h3s.172

et c’est comme va le corps

qu’emporte la voix
au loin de la rive
qui n’est plus que sable

parmi cet ici toujours

on entend le vent
et le fleuve absent
brûle les pupilles

au juste de ce qui est


h3s.171

c’est dessus les décombres

on voit briller les lierres
et leurs fruits noirs recouvrent
une grille de fer

les ronces du soleil

c’est ici la mémoire
et l’âtre du séjour
où vit un vieux bois sec

noueux parmi l’hiver


h3s.170

ici — on entend comme

le vent passe la main
un frisson d’herbes sèches
c’est et déjà plus avant

tout un silence existe

la place nue est vide
un peuple sculpté veille
sous les arches — l’obscur

qui vit en chaque souffle


h3s.169

le temps va et dénoue

ici le visage ouvre
devant lui un regard
que lui accorde l’ombre

tout — le jour semble vain

on sait la branche morte
au toucher qui la brise
puis la rend au feu — mais

dehors un oiseau rêve chante


h3s.168

c’est nuit et cela cherche

la source qui est là
ténue presque cachée
au coeur sec de l’adret

outre soi comment dire

le silence un murmure
le cri sourd de la soif
l’autre fin plus avant

l’obscur travail du corps


h3s.167

on va encore ici

ce n’est jamais le même
nom qu’offre la nuée
au monde — sous les ciels

le vent courbe l’arbuste

on suit dans les bruyères
une sente où demeure
à jamais la parole

qui ne renonce pas


h3s.166

ces feux loin devant soi

on peut croire toucher
là un monde et l’immense
que la lumière trace

un fil d’eau brûle et danse

et la demeure est d’ombres
et les mots vont se perdre
comme un bruit bas ici

bleu sans autre aucun repère


h3s.165

ce reflet sur les eaux

quel sillage sans trace
comme en avant de soi
une forme sans nom

longtemps les yeux s’y brûlent

et puis la voix reprend
le lourd travail des jours
où delà la fatigue

— on a franchi le seuil


h3s.164

un rien de couleur perce

ça et là un chant bas
frêle dessous le vent
et la gelée prochaine

aux franges du visible

il n’y a que cela
que la lumière change
d’un jour l’autre plus nue

l’herbe rase s’éclaire


h3s.163

ici de loin en loin

la nuit de toujours règne
mais jamais elle n’emporte
l’autre part de la rive

où la rosée vient luire

les pointes d’herbes sèches
se nouent à la lumière
qui passe le silence

et nous remet au monde