Vases Communicants avec Tentatives de Christine Jeanney

Tiers Livre (http://www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (http://www.scriptopolis.fr) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Pour cette édition de juin, Christine  Jeanney prend ma place sur Gammalphabets, comme je prends la sienne sur Tentatives


Nuit dans la chambre sans rêves


Les fleurs du papier de la chambre
sont sur le mur ne sont pas dures
dit Supervielle
et se répètent du parquet au plafond crainte d’être incomprises
lilas grappes violettes pois de senteur (les petites appelées myosotis ce que je ne sais pas)
couvertes de nuit toutes
toutes feutrées
le miroir et le petit tableau pour dessiner aux craies mangés de sombre
sur la porte de l’armoire l’arabesque creusée – le plaisir de la pointe enfoncée, des copeaux enroulés, une bêtise de la veille –
calme

Les tambours arrivent
Ils sont plusieurs peut-être trois en ligne côte à côte
défilent
costumes à boutons brillants démarche fière pas cadencé
petit visage souriant d’enfant partant à la guerre à la guerre des chansons d’enfants
Le plus jeune a / Dans sa bouche une rose

s’approchent au bout de la rue noire chérubins avancent
genoux ronds levés haut quand
derrière eux des centaines de soldats en arme des hommes sans yeux en noir tambourinent sans pitié ni visage ni âmes
ni faiblesses une mer d’hommes armés de noir avance avale le sol ils viennent oh quelle peur j’ai d’eux
jusqu’à ce que le bruit se démembre
que le roulement du train
roule résonne dans le mur roule résonne dans ma tempe roule résonne de la peur
la grande – fini terminé plus rien rien – peur de la fin – peur transperce

Au matin papillon mort à plat sur l’oreiller
Reste ma tête cognée contre le mur
néant du refus
vain
ne pas dire.
Non, pas le dire.
Juste la salive sèche
de savoir dans le noir
l’impuissance des fleurs du papier de ma chambre.


4 responses to “Vases Communicants avec Tentatives de Christine Jeanney

  • brigitte celerier

    non-rêve plein de terreur mais si poétique, sue les mots sont venus comme d’un conte

  • arf

    roule résonne roule résonne. Heureusement que je n’ai plus depuis longtemps de papier-peint à ma chambre, j’aurais cauchemardé.

    Dis, c’est Christine sur la photo ?

  • kouki

    le papier peint et ses motifs hypnotiques … j’ai eu, enfants, de ces visions terrifiantes; je les avais oubliées.

  • AcC

    « couvertes de nuit toutes
    toutes feutrées
    le miroir et le petit tableau pour dessiner aux craies mangés de sombre »
    C’est absolument superbe : les images, le rythme ! J’ai pour ma part lu ce texte comme une précieuse estampe chinoise.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :