Archives: 2011

feuillet 42

pourquoi sans lieu passe le flot
un peu d’être racine

qui bouge et descelle

les pierres tombées
ils dorment

sans pourquoi la question

l’un d’eux rêve
retrouver rythme

à ce qu’enroulent déroulent les flots

dans la lumière rase
quelques branches s’étoilent

astres du proche sous le pas.


feuillet 41

viennent les passes
noires et nues
où voguer vers
quelle terreur

à la proue

on savait que
l’étau des roches
allait broyer
la nef entière

corps et âme

pour peu que ne
franchissent pas
les ailes blanches
pour peu que ne

dans l’écume

se montre pas
la main suprême
qui porterait
plus loin la barque

imprévisible

poupe brisée
mais le haut-vol
possible dans
l’étrave intacte

quels seuls visages

hors du royaume
où ne sont qu’ombres

vont apparaître.


I.38

Aucune lame

crue le nocturne

décrue diurne

où le point pivot
inverse l’absence

les vents se spiralent
dans un cœur d’hiver

sans feu ni lieu
des ombres passent

l’instant tournoie
il n’y a pas

d’évidence simple

les planches de vivre grincent disjointes.


I.37

pas de terre
ni de fin

et pas  une langue
ni même une rive

peut-être seules
des pierres blanches

roulées par quel fleuve
au long de quel pas

crayonnées ici
avec leurs gerçures

les traces  a-sèmes.


I.36

L’aube

la voix grise

perlent

et s’éloignent

sans

cesse

devenir

rêve

quel toucher

fin

équilibre la main.


I.35

la forme sans nom

passage d’une ombre
à son tour au bord
et la scène même
scinde toute rive                                                                                                          passe sur les rives

pivote aux solstices

sans même une trace
de ce qui fut d’elle
la voix va s’éloigne
se perd- l’évidence

encore devant

être même rêve.


I.34

d’aller dans les blancs

les routes se perdent
les fleuves s’ensablent
les rives s’effacent

d’aller dans les terres

d’une main on pose
une seule pierre
on garde son grain

c’est peut-être voix

au creux du toucher
une empreinte vive
et la stèle nue

où prendre repère

pour le seul voyage.


I.33

filent et dansent

devant les yeux

dansent et filent

les formes-fièvres

passent tournoient

comme une chute

ni vague ni

souffle à rejoindre

écume –  rien

sans un tourment

pas même image

brûlent la soif

l’entre deux rives
s’offrent le gué
la source claire

– ici aussi
le corps délié
joue le passage

dans la falaise
à pleines mains.


I.32

 

attente sans rives

ni gel géomètre

parmi le fracas

ni pas ni voix vraies

de hautes eaux brunes

qui ne soient ce rêve

mortes dans l’hiver

marcher au lointain

travaillent la pierre

des temps un moment

entaillent l’obscur

trajet d’inconnu
même aux saltimbanques
qui passent la crue
d’un pas funambule
trop haut pour tomber.


I.31

c’est Nuit déjà

puis jour de grand vent

dans un peu d’aube

dans un peu de soir

lumière rase

grise et trop courte

venue solstice

c’est Nuit encore

les graines des arbres
s’envolent silences
pour leur espoir sont
les terres d’ici
un peu trop stériles
un peu trop au gel

alors partir dans le souffle plus ample
pour partir rien autre.

« On entend dedans la nuit extérieure tomber l’intérieur jour » V. Novarina, L’acte inconnu.