Vase communicant avec Louise_Imagine

Tiers Livre (http://www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (http://www.scriptopolis.fr/) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

Pour l’édition de septembre, j’accueille ici le travail de Louise_Imagine, qui m’offre l’hospitalité, en son merveilleux espace Il pleuvra demain. Chacun a écrit sur quatre images proposées par l’autre, sans aucune autre contrainte.

Publie.net propose un regard sur le travail photographique de Louise:  L’Instant-T ,  je ne saurais mieux le présenter que ne le fait Isabelle Pariente-Butterlin: «  Retards, courses, attentes, désespoirs, arrachements, départs, on sent, bien sûr, en arrière-fond, en arrière-monde, tous ces temps-morts, tous ces gouffres possibles au-dessus desquels le regard danse et trouve des éclats de lumière à retenir, qu’on n’aurait pas cru possibles, qu’on n’aurait pas imaginer. Nous ne sommes pas dans un décor. La vie est là, avec sa palpitation qu’on sait tragique dans les volutes sombres d’un nuage d’orage qui ne manquera pas d’éclater. Des fontaines citadines et urbaines lancent leur eau qui va retomber, qui ne retombe pas. Pas encore ».

Autant d’instants de grâce suspendus, comme en leur point pivotal, pivotal et exact, dans l’équilibre instable et précaire, mais toujours mouvant de vivre. Là, juste là. Mais  là. On pourra aller aussi vers les numéros de la revue dIci Là (livraisons 4- 6 – 7) à laquelle Louise participe régulièrement.

Sève.

texte: Louise_Imagine.
photographies: J-Y. Fick

*

Elle glissait les doigts sur la paroi luisante, longeant fissure, à l’endroit même du relief délicat, cherchant textures, nervures, ancrage. Inconsciemment, suivre la ligne fine, cicatrice de ce qui ne sera plus, car la fatigue l’emporte, l’épuisement érode, car il est impossible de toujours lutter.

(Rhizomes épais sous ses pas glissant, elle avançait, cœur noir de forêt claire, humidité dense des sous-bois, au milieu des fougères aux larges frondes élégamment dressées, peu importe le chemin, chaque pas suivant le précédent, chaque pas s’aventurant sans se soucier de retour en arrière, se frayant un frêle chemin entre les nervures luxuriantes. Elle avançait, aérienne, plante de pieds frôlant l’humus, orteils caressant spores rondes et mousse moelleuse. Sa robe, vaporeuse étoffe tissée d’air et de lichen, semblait répondre mollement à chacun de ses gestes, s’accommodant avec grâce au souffle d’un vent imaginaire. À son passage, les feuilles lourdes chargées de sève effleuraient ses longs doigts déliés, déposaient leur rosée sur les mailles de son jupon. Elle avançait et la cascade de sa chevelure rousse resplendissait, nimbée de lumière emmêlée, éclatante dans la verdoyante pénombre. Elle avançait, la nature imprégnait sa présence, chacun de ses gestes, son odeur même, parfum de sève et d’eau de pluie.)

Fêlures, brisures sur le chemin. Sous ses pieds le sol parait se disloquer, fragilité obscène de ce que l’on pensait durer une éternité. La rue qui portait sa marche, cette rue elle-même cède de l’intérieur. Une blessure, profonde, s’étalant au grand jour. Rien peut-être. Un grain de sable, un absurde caillou que l’on n’a pas suffisamment concassé. Une infime résistance et le sol a cédé. Lentement érodé, gêné dans sa structure même, dans l’essentiel de ses fondations. Là, sous ses yeux où les larmes s’amoncellent sans vouloir s’échapper, devant elle, hypnotique, s’étend la faille.


2 responses to “Vase communicant avec Louise_Imagine

  • Vase communicant avec Jean-Yves Fick @jean_yvesf #vasecommunicant « Il pleuvra demain…

    […] à ma participation aux Vases Communicants de ce mois-ci, vous pourrez la retrouver sur le site de Jean-Yves, si le cœur vous en dit. […]

  • Vase communicant avec Louise_Imagine | Les vases communicants | Scoop.it

    […] Elle glissait les doigts sur la paroi luisante, longeant fissure, à l’endroit même du relief délicat, cherchant textures, nervures, ancrage. Inconsciemment, suivre la ligne fine, cicatrice de ce qui ne sera plus, car la fatigue l’emporte, l’épuisement érode, car il est impossible de toujours lutter. (Rhizomes épais sous ses pas glissant, elle avançait, cœur noir de forêt claire, humidité dense des sous-bois, au milieu des fougères aux larges frondes élégamment dressées, peu importe le chemin, chaque pas suivant le précédent, chaque pas s’aventurant sans se soucier de retour en arrière, se frayant un frêle chemin entre les nervures luxuriantes. Elle avançait, aérienne, plante de pieds frôlant l’humus, orteils caressant spores rondes et mousse moelleuse. Sa robe, vaporeuse étoffe tissée d’air et de lichen, semblait répondre mollement à chacun de ses gestes, s’accommodant avec grâce au souffle d’un vent imaginaire. À son passage, les feuilles lourdes chargées de sève effleuraient ses longs doigts déliés, déposaient leur rosée sur les mailles de son jupon. Elle avançait et la cascade de sa chevelure rousse resplendissait, nimbée de lumière emmêlée, éclatante dans la verdoyante pénombre. Elle avançait, la nature imprégnait sa présence, chacun de ses gestes, son odeur même, parfum de sève et d’eau de pluie.)  […]

Répondre à Vase communicant avec Jean-Yves Fick @jean_yvesf #vasecommunicant « Il pleuvra demain… Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :