Archives d’Auteur: Jean-Yves Fick

h3s.118

dedans soi la nuit sème

le rien où aller seul
chercher à même soi
ce qui est — une roche

goutte à goutte le sens

et le sable plus loin
à la merci du fleuve
érode le rivage

on rejoint pas à pas


h3s.117

c’est nuit — qu’est-ce que dire

dans les prés un héron
guette delà la faim
et plus loin la gelée

un souffle dans l’hiver

glace et sculpte les formes
du plus simple brin d’herbe
merveille nue pour rien

là-bas on dirait l’aube


h3s.116

on est au long du fleuve

et les basses eaux bleues
vont froides impassibles
au rebours de la rive

où la lumière brûle

et les branches s’emmêlent
en friches que le vent
délaisse de briser

la brume des lointains


h3s.115

ici une éblouie

la rive fait détour
et tout soudain l’éclat
épars dessus les eaux

et les yeux pleurent d’être

ce rien que les roseaux phragmites
chantent delà le gel
et le vent d’hiver mord

les feux où le soir brûle


h3s.114

ces lieux que sont les jours
quels lieux pour ces jours brefs

on sait chaque feuillage
le corps de la couleur
là-bas un doux tremblé

la nuit le vent l’hiver

quoi étoile les yeux
par-delà les ciels blancs
le fleuve rejoint l’aube

un feu court sur les eaux


h3s.113

ce chant sourd depuis l’aube

il n’est plus celui seul
dans la ville et ses rues
qui erre et gronde là

une forme sensible

on entend la statue
un geste soudain fluide
dont le sable respire

celle qu’on ne voit plus


h3s.112

cela de loin en loin

il n’y a nulle autre eau
que celle qui bruit simple
et pauvre à jamais — claire

comme un dire que cherche

et le souffle et la voix
et le seul voeux d’attendre
la neige qui approche

le silence à rejoindre


h3s.111

les formes tombées

là où la rivière
file les destins
à ses mains confiés

du haut des vieux arbres

on perçoit l’éclair
où le songe approche
les lointains soudains

rejoignent le temps


h3s.110

un feuillage sombre

dessous les ciels blancs
du temps se dépose
et plus loin un cri

çà et là aux branches

des ailes s’éploient se posent
en vain — le froid brûle
la forme des choses
parmi ce qui est
comme sur le vide

où le lierre prend


h3s.109

on va sans chemin

la brume et la neige
éclairent les arbres
nus que le temps ouvre
à quoi disparaît

une l’erre renoue seule

cela qui nous touche
— ce voile demeure
delà les limites

les lignes du monde