Archives de Catégorie: Comme des rondeaux brisés

sans filet 48 chute

Le sol se dérobe
crevasse tout cesse
du passage
chute atone

un vide
trou d’air
sans savoir
on laisse

faire le poids
pas d’ennui
juste rien
rien cela

dehors la lumière
demeure belle
elle n’appelle
plus assez fort

c’est tout

le chant des oiseaux
vole aux crépuscules
un vivre inlassable
on n’y était pas

pour toutes ces heures

on est ramené par le soir
la chaleur vibre dans les feuilles plus douce
on se relève naufragé
le rivage d’être porte les pas

à nouveau.


sans filet 45

Écrire se cherche
jour fini fatigue
les voix en cahots

ne s’entendent pas
parlent dans le vide
s’égrènent là sans

que n’y reste rien
leur sens est perdu
rien le bruit – chaos

voyage sans fin
chaque jour recommencé
le même à jamais

nul et sans fin rien
rien laisser filer
glisser et se perdre

ce que l’on traverse
derrière les vitres
n’a plus aucun poids

il faudra trouver
ce reste de voix
pour que puisse là

s’élever un peu de silence
rien – mais l’odeur de la pluie monte
on aura vu au moins tomber

ce rideau mouvant dans le gris
cela rien de plus
mais cela oui.


sans filet 40

Peu de vent

balancer lent
de toute l’ombre devant
dessus cela brûle
jour-incandescence

rires loin

noter juste
les couleurs dans les feuillages
la fatigue étale
un calme de soir le jour

d’autres viennent boire là

le regard fixe
un toit en feuilles de plomb
musée-sismographe
pourquoi ne pas dire ainsi

nuance aussi. 



trajets

Sans lumière l’air
le souffle coupé
de mauvais parfums
de sourires faux

de la grisaille
ferme ce monde
toujours le même
convoi les jours

paroles pauvres lues
« gestes et mots qui soignent »
« un temps pour le vin »
et qu’aller faire là

se perdre en trajectoires vaines.


Impromptu 22

Chaque lettre de chaque mot
allait excaver la nuit
d’un creux immense la pierre

mais pour qui mais pourquoi
nul ne savait plus  de longtemps
en déchiffrer les signes

on ignorait même si
ce peu de cendre au bas
d’un bloc plus dur fut un jour

ou un buste
ou un être de chair
à respirer ici

quoi de la langue perdue
à peine glyphes traversent
effarés d’arriver là

fragments à verser
dans la fosse commune
un éclat de ballast

guère plus désormais
mais cela d’eux infrangible.


impromptu20

Ruban noir l’asphalte
tacheté de trous
comme brisée la surface
du miroir sur un étal

à regarder quoi la vie

le jardin orthogonal
à son tour va s’animer
sous l’horloge détraquée
d’un fronton impérial

on se promène on s’assied

les pelouses sont si fraîches
et l’ombre des arbres douce
les murs d’un bâtiment bas
se fissurent lentement

musée de sismologie

traîtresses les ornières
où achoppe la mémoire
quelque chose boîte là
comme posé dans de la cendre

la poussière occulte opaque
quelques lambeaux de lumière

il faut partir
sans idée de retour
la pièce est jouée
la voix portera bien

un autre rôle plus loin

dans l’odeur du lilas
un grand vieillard vient prendre le soleil.

 


impromptu19

Au creux de lumière
la terre nue claire
sèche sous le ciel

fragments  les pierres écrites
perlent sur la route
la clairière s’ensauvage

de bois vieux coupés
les vergers sont éclaircis
ce qui d’eux demeure

respire va le chemin
il ne commence qu’ici

l’enclos est repos
dont nul n’ouvre plus la porte.



impromptu18

Seuil l’influx du mot
passage de tout l’obscur
arbre de langage
à s’enraciner au corps

seule l’impulsion traverse
l’image parait
aveugle le point rétine
par où disparaître

de ne se pas voir
à ne pas pouvoir la voir
une sphère noire
luit au rouge du vivant

elle est l’implacable
passage malgré l’obscur
à trouer l’abîme ouvert
d’où naissent les rythmes

à l’arrière du langage
l’écoute à venir
se tient en vertige
l’ erre accélère sans fin

à flamboyer la nuée
un grand soleil noir le soir.


impromptu17

Cercle la moire blanche
à se faire et se défaire
éblouit même le flot noir

l’astre brûle la rétine
inverse la chute
où luit une plume

presque calame oublié
dans l’été trop tôt venu
hier l’hiver encore

ce qui se reprend
du rythme au vivant
un courant imparable

appelle on ne sait d’où venu
en dépit de tout
– un peu de vie vibre parole-

bloc noir à battre fer rouge les mots.


impromptu16

D’ un peu de langue qui s’élance
seule gyroscope la vie
de tout ce qui dans les jours

paraît et s’efface

à y perdre le repère
rythmique du pas
à elle même semblable

quoiqu’il advienne

dans la rue un homme
pousse son piano
bloque le panneau roulant

se met à jouer

on ne sait trop quoi
que personne n’entend
sous un arbre qui s’ouvre

d’un grand cercle seul autour tourne

un enfant plus loin s’amuse à s’éclabousser
à la fontaine retrouvée.