Archives de Catégorie: Comme des rondeaux brisés

impromptu15

Silence ailé
un voile rouge

souffle des notes
dessus d’horizon

ce qui ne se peut saisir

paraît derrière
des arbres éployés

ne s’entendaient ni le mot
« départ » ni celui de « retour »

ici juste ici

à peine un accord
tenu fragile de toujours

nulle main  n’ose allumer nulle lampe

une porte cochère claque.


impromptu14 de tout le silence.

Encore les pas
encore l’herbe qui brille
sous le ciel mouvant

passages

dans le fil des jours
du peu la musique pauvre
qui pourrait suffire

au séjour

il n’y aura que cela
course d’étoiles en courbe
et la paix des soirs

dans les brumes d’aubes
s’élève de l’autre
on ne sait qu’entendre

de tout le silence.


impromptu13 sécheresse l’hiver

Sécheresse d’hiver
la main n’étreint que poussières
à vouloir saisir
l’éclat de pierres blanches

calcinée

ou serait-ce déjà le regard qui défaille

alors marcher là
lointain du malaise
de qui a perdu
les routes d’errer

sans cesse la soif
avant que ne verse
la fraîcheur du soir
et l’exil en soi

mais sont closes les portes
où passe le retour
il s’agit d’aller
où l’on ne sait pas

et rien que cela.

le sol semé de sel / et quoi de l'horizon


Impromptu12 une odeur de pluie

la ville derrière soi

ce qu’il y a dans l’odeur
de la pluie
après le premier orage

s’élève du sol
la détrempe peint
formes de mémoire

la chute de gouttes lourdes
libère quoi
des parfums de terre

qui ramènent à l’enfance
à l’errance la fin
d’ici-bas

riens

il semble que des feuillages
bruissent au lointain
dans l’enclos de pierres sèches

la ville s’efface
un rideau de pluie
tombe avant la nuit.


impromptu11

Un pas le nocturne
à franchir  la rive
trop crue du séjour

des feuillages tremblent
l’éclairage est faux
non leurs transparences

qui vibrent sous la chaleur.


impromptu10

Trop d’aubes départ
chaos fond de train
remonter la cohue vaine
les yeux secs attendre

se laisser brinquebaler
arriver descendre
marcher d’un pas sourd
à destination

nulle

il y a dehors
le verger ancien enclos
un peu de couleur
blanche la rosée s’évapore

le contrejour trace
les contours ténus
de petites gouttes
posées sur les herbes

dans une heure elles ne seront
plus au monde vide.


impromptu9

La terrasse de béton
après la pluie
une surface éblouie
qui brûle l’œil

l’orbe du soleil
bien trop dans le proche
on ne peut pas même
suivre son éclair

dans la ville elle passe
avant la nuit où disparaître
-que peut-il rester du visible?

 


impromptu8 mono no aware

L’averse s’éloigne
la suit une trainée d’ombres
passages sans fin
dans les journées l’équinoxe

des arbres s’éveillent
de petites flaques brillent
miroirs éphémères
à consteller l’avenue

viennent s’y poser
voiles ou barques fragiles
des pétales blancs
qui se détachent d’un souffle

puis

flottent comme un geste s’ouvre.


impromptu7

Poser le crâne
dans une main meuble
pour que ne prenne pierre
l’absence du jour

la nuit le sommeil à défaire
l’étreinte atroce du pire
au prix parfois de mauvais rêves
brumes dans la lumière d’aube

le chant note la rosée du pré blanche
saisit un grain de sable
un tremblé filé dans les voix
l’élan d’une branche dans l’air

pour se reprendre à vivre
écouter l’intervalle
la traversée du jour
par quoi le regard passe

la cendre des murs gris
les labyrinthes excoriés
le règne de Méduse
où l’on erre étranger

avant de croiser la statue
et sa barque de pierre
qui emportent sur les eaux noires
on note un éclat à la vitre.


impromptu6

« on descend parfois dans la langue jusqu’à sa plus grande pauvreté » V. Novarina.

Se sont tues les voix
des ombres très minces
errent dans la ville

comme un fragment  passé

cela bruit autour
on lit sous un arbre
on connaît les noms

le biloba voisine avec le hêtre rouge

les branches s’emmêlent
comme les couleurs
de feuilles qui s’ouvrent

un chant pour rien
pas même une obole
un chant parmi rien

à désigner loin
quoi du vrai la vie
un pas vers devant

seul continuo le chercher
il échappe revient disparaît horizon
peu la parole perce les sourdines

respirer se peut.