Archives de Catégorie: Icaria

en allées_32

on est comme le vent
hors du visible
cela qui court sous les ombres
aucun nombre aucun nom
rien qui ne soit
sans un ailleurs le monde
chair de clair-obscur
incarne son propre geste
il y a cela qui naît
il y a cela qui meurt
un instant à peine
et la nuit arrive
ou est-ce déjà une aube
cela que songe le mot rien
l’obscur
une autre et plus haute aube


en allées_31

un jour sous le blanc
des ciels puis plus loin un signe
aux franges du visible
ce sillage
sans retour comme un temps
pour vie être seulement
dire
ce que souffle la langue
parmi ce qui fuit
et l’éphémère songe
que l’on peut vivre ici
une ellipse longue
et disparaître
au puits parfond des nuits


en allées_30

on a saisi un peu
le jour sur sa lisière
là bas au loin des haies
delà les vergers
les routes qui nous mènent
demeurent sans issue
mais de toujours ces riens
donnés
pour reprendre souffle
la neige dans les arbres
et le soir
l’ubac désert s’enlumine
d’une toute autre lumière
haute de son désir


en allées_29

ce rien
que le silence appelle
qui ne vient pas
delà la peur d’être
perdu dans l’immense
la nuit qui finit fait place
toujours à un autre aube
sans raison — on regarde
comme un à un se dessinent
les traits de jour
juste avant la lumière
là-bas l’horizon renoue l’éclat
renoue la clarté
à la forme du monde
quelque chose respire


en allées 28

nuit
un rabot d’écume sur l’eau
et face à soi le vent
un mur
le souffle élague les arbres
de leurs branches les plus faibles
elles sont déjà au sol
où tout revient — humus
la lumière sans ombre
laisse passer des trouées
bleues
les oiseaux
muets
se terrent cachent


en_allées 27

ce sont des heures trop longues
vides de tout inertes
à ne jamais savoir
quand elles vont finir
ce n’est pas même attendre
que cela vivre pas plus
qu’un souffle ne dépose
rien — un lointain du temps
— sans se retourner
jamais
quelque chose s’avance
tout à l’avant d’un ciel
une ligne plus sombre
grise — la nuit seulement


en allées _26

quel jour que celui
qui de soi lève au en silence ce gris
le bleuté d’une aube
sans rivage
et quelle la voix
qu’éraille le temps
sans que jamais le sable
qui s’écoule ne fasse trace
on sait le fleuve proche
aux hautes eaux
troubles
et c’est après la pluie
que les ciels enfin lavés
circulent se lèvent mais pourquoi


en allées _ 25

cela heurte ici
les volets qui claquent
n’est-ce vraiment que le vent
ou plus avant
un grand corps de nuit
qui avance et ne retient plus
ni sa chute ni l’obscur
présage
on perçoit un silence
au loin du chant discord
le lieu retentit
une argile rouge
intacte et intouchée
songe à prendre souffle


en allées_24

le souffle du vent partout
autour de soi un bruit
songe
et la rive et les ciels
cela qui tombe inverse
dedans le fleuve
brûle
le temps et la mémoire
les ailes de cire
se défont d’avoir été si loin
au droit du soleil
on revient aveugle du lieu
du lieu et toute parole profère
profère le vide


en allées_23

on va au jour le jour
un matin puis l’autre sans
joie simple comme un rien d’aube
devant soi le temps seul
une flaque sans reflets
que prolonge la nuit double
efface la couleur
au point exact de sa nuit
le vent peu à peu souffle
et disperse les nuages
là-bas où aller
le ciel brûle haut
de longues bandes rouges
passent sur scène et s’en vont
au loin d’un ce dernier écho