h3s.299

ces limons de temps

on laisse ici tout
dans la main des fleuves
emportée et noire

outre toute boue

l’argile saisit
cela qui la passe
autant d’autres formes

fondent la mémoire


h3s.298

le vent ici dénude

chaque mot hors de sens
que devient la parole
on dirait la bourrasque

les ciels sous les nuées

ce tremblé sous les gris
presque noir des feuillages
çà et là des lueurs

filent d’un arbre l’autre
s’accrochent d’arbre en arbre


h3s.297

quel arbre ne penche

le monde à l’épure
secrète la nuit
— tout l’espace égare

delà soi le soir

qui suit sans un bruit
le chemin de sable
une ombre traverse

— l’odeur des tilleuls


h3s.296

des mots que le vent mêle

un dire pour les pierres
les ronces recouvrent — on renonce
déjà l’ouvert d’écrire

il n’a que ce parler

et pour obole rien
pas même ce fruit pauvre
ni un voile de brumes

le toujours étranger


h3s.295

la voix comme on appelle

le jour va et replie
une à une ses ailes
tout un monde devant

et l’autre et l’inconnu

un feu dans les lointains
la brume après l’averse
ou la nuée des mondes

dire reste cette ombre


h3s.294

depuis la maison vide

un bruit de volets clos
et le vent les tourmente
de branches arrachées

le regard vient se perdre

à ce verger tout proche
— les oiseaux se sont tus
et le soir lent descend

sous les ciels en lisière


h3s.293

de tout cela aucun

autre que soi — la cendre
on a dormi ici
auprès des derniers feux

bien — rien hors de connaître

un geste puis des voix
le regard du nocturne
et tout va qui appelle s’éloigne

ici comme_un plus loin


h3s.292

l’aplomb de tout silence

un lieu sous les nuées encore
l’orage passe loin
la nuit comme sans bruit

et la source se trouble

on est au lieu que parle
ce que rien ne vient dire
au lieu au creux même d’entendre

la pluie d’été encore


h3s.291

un vol de faucon loin

ce seul instant — qui passe
et partout au-dessus
des prés ou des lisières

que sait le vent d’été

on reconnait après
toute la vie du simple
d’où il faudra partir

ici est comme sans une ombre


h3s.290

sans peur comme si rien

la pluie d’été plus dense
ne laissait à entendre
que son bruit sur les toits

les martinets noirs jouent

un peu plus haut — les arbres
enracinent toujours
et la nuit et les ombres

dessous des ciels d’orage