Archives d’Auteur: Jean-Yves Fick

h3s.123

on a ouvert les yeux

on marche de toujours
vers cela sans un mot
le paysage brûle

à l’inconnu des signes

l’ombre appose un visage
à ce que rien ne nomme
qui est soudain devant
soi

— le vent tourne la page

 


h3s.122

cela — ce rien comme être

on va et c’est l’enfance
qui surgit au détour
des routes perdues toutes

don d’encres au paysage

chaque pas plus avant
existe puis s’efface
mais on ne peut se perdre

la neige nous estompe


h3s.121

on voit de loin en loin

tout un pays de neige
traversé ça et là
de terres qui affleurent

la ligne des vergers

que renoue le regard
sinon sa propre errance
au droit de la lumière

une dormance torse


h3s.120

c’est entre deux bourrasques

ce creux de tout silence
parmi un monde vide
quoi passe sur le seuil

le vent et puis l’absence

dans la chambre plus sombre
on allume une lampe
et lorsque les yeux cillent

on entend la nuit battre

 


h3s.119

ici tout d’une pierre

mais le fleuve s’écoule
inflexible toujours
un trait nu de lumière

comme_un bloc étranger

on traverse passe pour rejoindre
le jour que fait plus loin
le pan d’ombre d’un songe

tombé hors de la digue


h3s.118

dedans soi la nuit sème

le rien où aller seul
chercher à même soi
ce qui est — une roche

goutte à goutte le sens

et le sable plus loin
à la merci du fleuve
érode le rivage

on rejoint pas à pas


h3s.117

c’est nuit — qu’est-ce que dire

dans les prés un héron
guette delà la faim
et plus loin la gelée

un souffle dans l’hiver

glace et sculpte les formes
du plus simple brin d’herbe
merveille nue pour rien

là-bas on dirait l’aube


h3s.116

on est au long du fleuve

et les basses eaux bleues
vont froides impassibles
au rebours de la rive

où la lumière brûle

et les branches s’emmêlent
en friches que le vent
délaisse de briser

la brume des lointains


h3s.115

ici une éblouie

la rive fait détour
et tout soudain l’éclat
épars dessus les eaux

et les yeux pleurent d’être

ce rien que les roseaux phragmites
chantent delà le gel
et le vent d’hiver mord

les feux où le soir brûle


h3s.114

ces lieux que sont les jours
quels lieux pour ces jours brefs

on sait chaque feuillage
le corps de la couleur
là-bas un doux tremblé

la nuit le vent l’hiver

quoi étoile les yeux
par-delà les ciels blancs
le fleuve rejoint l’aube

un feu court sur les eaux