Archives d’Auteur: Jean-Yves Fick

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nuées cela que le vent
sculpte et dissipe dedans
l’averse drue et l’automne
et puis la grisaille coupe
la ligne connue des cimes
devant soi seule a demeure
la couleur rouge que prend
l’érable pour derniers feux
et plus avant la dormance
le noir travail des hivers
pour peu que la neige vienne
elle qui redonne vie
aux sources et aux bruyères
dont la mémoire est renaître


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qui est-il lui dont l’épaule
adosse à la nuit son geste
on le dirait d’une seule
erre à jamais en tous lieux
la main est encore ouverte
elle accueille tout l’étrange
de ceux qui vont par les terres
noires sans aucun autre âtre
que celui en cendres de
ce feu pauvre dans le bois
loin — soit cette unique étoile
le signe qu’on veille ici
au plus profond des forêts
ce qui rend les ciels possibles


sonne_17

on entre dans la pénombre
le soir tôt et le jour tarde
à se lever — la lumière
paraît au défaut des nuits
entredeux de brumes pâles
de grands oiseaux chassent haut
ou sont au guet sur les rives
qu’une eau glaciale reflète
juste au-dessus de ces sables
le vide et la vie absente
d’avoir été jadis neuve
ici le temps endort tout
hors le cri de quelle peur
seul le silence des mondes.


sonne_16

l’eau file son propre lit
de ciels même s’ils sont gris
même sous l’averse on va
contempler comme tout change
l’impermanence demeure
ce qui est un disparaître
ne renonce pas cela
qui lui permet le retour
ce que la faux a coupé
renoue ses racines loin
sans que jamais l’insensé
de la chute d’eau qui gronde
et se jette dans le vide
ne vienne obscur au silence


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c’est dehors soi la saison
froide et les pluies de l’automne
juste avant les nuits plus longues
on revient à l’intérieur
et aux soirées sous la lampe
un thé fume dans la tasse
posée là toute de terre
et mêlée d’argiles rouges
une forme de silence
prononce le mot étrange
« stillleben » sans y entendre
cet autre qui parle ici
quels mots pour revenir ombre
depuis la lande gelée


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quelle note tinte d’être
l’unique goutte de pluie
infime parmi le temps
l’averse joue dans les feuilles
soit la mélodie des choses
et l’éphémère de vivre
soit la haute nostalgie
des étés comme sans fin
et seul le sable a permis
qu’ici soit le lieu sans nom
où écrire disparaître
reste la demeure d’herbes
et la roche sous les ciels
un œil ouvert aux nuages


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ces jardins de peu commune
mesure juste au rebord
des villes et des usines
et c’est le temps qui dévore
le fruit de tant de vies pauvres
comme perdues sans savoir jamais
quel sens donner au mauvais
rêve né ici de rien
alors la main apprend comme
redonner sens à la veine terre
épuisée autant qu’aux mots
ce sont des grappes de mûres
la ronce sur les grillages
démasque les voix absentes



ce sont des jours vides creux
après tout le temps n’est rien
entends ici comme un air
neuf reprend la forme ancienne
le souffle continue d’être
alors que la couleur même
se perd avant de tomber
comme exaltée d’elle même
la vie toujours perpétue
le son du vent dans les branches
le chant du ruisseau bruit bas
au creux de la main ces ciels
un lieu où venir puiser
la seule eau précaire et claire
qui soit pérenne
au creux de la main ces ciels


sonne_ 15

le vent a courbé les herbes
et le cri du héron porte
depuis le loin il s’envole
la pénombre des soirs monte
corps bleuté de libellules
l’air sur les chemins de sable
vibre dessous la lumière
qui s’en va presque en silence
et porte un parfum de soir
parmi les prairies les eaux
circulent comme une brume
reprend la main des matins
mais pour l’heure tout s’annuite
pas à pas le jour décroît


sonne_14

quel toujours parmi les pierres
la terre mise à nu laisse
voir une ossature fine
nette et robuste aux futaies
les racines vives plongent
loin avant dans le nocturne
sève la ramure inverse
des soleils passants se noue
où le chant des oiseaux mêle
et la vie et la mort nues
au reflet des flaques d’eau
la voix des choses fluentes
toutes simples et mortelles
accordées à l’absolu