Archives d’Auteur: Jean-Yves Fick

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un creux lointain de jours
quoi vient bruire au silence

le temps
un instant immobile
à même la couleur

les ombres tournent se font longues

et c’est le soir
sans que rien ne dise
à l’aube

sans pourquoi on revient à soi


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ces poussières

une forme sans nom
retour à la terre
de feuillages passés

sans aucune trace

l’odeur de la rosée
rappelle ce qui fut
on se mêle au vivant

puisque le vent se lève


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comme étranger en soi
de soi le plus lointain

depuis la rive
des plongeurs rejoignent l’eau verte
de toujours sous les ponts

le songe ne sait pas

une ombre pour mémoire
le temps d’être s’enroule
à un reflet de ciels

où passe l’éphémère


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un grisaille de ciels
bas et lourd le monde
la ville pèse
un lambeau de temps
mais qui pour entendre
comme crient les voix
fausses et mêlées
la colère même
une voie sans issue
et au bout
tout au bout
quoi?
une pierre tombe
au plus obscur du puits


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une eau noire toute irréelle
et là-bas dans les prés trop clairs
que l’ardeur de jours plus longs brûle
l’herbe sèche n’abrite plus

la rosée qui demeure absente
ni le chant des grillons ni rien
de la terre d’où la poussière
seule forme un lent tourbillon

le plus simple ici sans retour
passe la main sur le visage
de chaque statue et l’érode l’efface

— et qui pour accepter de n’être
que cela — juste au seuil du temps
le vent d’été dans les roseaux


_ _

ici dansent les ombres
les feuillages murmurent
comme devant la cendre
le feu même s’incline


les yeux se sont ouverts
un pan secret de rêve
les yeux se sont ouverts
un autre de l’obscur
éclaire chaque mot

il n’y a rien delà
le souffle au creux de l’aube
et la rosée des jours

cela pour seule voix
on va parmi le monde
outre tout le silence


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quelles les voix sourdes
et pourquoi leur fredon
contrebas qui insiste
et chante sans raison
toujours comme le jour
mêle ce qui revient
à ce qui jamais plus
ne sera


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un souffle de vent
avant la lumière
et l’odeur de vieux arbres
ici respire
toute une aube rouge
des oiseaux irréels
traversent le silence
comme on touche au rivage


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quel ici pour qui erre
derrière soi quel autre
rien — qu’il ne reste rien
de ce qui fut le gué
où être le passage
comme d’une eau plus claire

pour peu qu’on se retourne
rien autre que la cendre
le gouffre et le temps versés vains
comme un sel sur les plaies la terre
mais du seul feu déjà
point du jour

et disparaître
renaître


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un visage sans forme
quoi vit à bruit bas

une ombre plus noire
danse sous les arches
on dirait qu’un cercle
dessine le pont

juste sous les arbres
la terre se dérobe