Archives de Catégorie: Icaria

en allées _90

on est saisi d’abord
par l’averse et les grands vents
qui la portent et la mènent
ici et là
le regard se trouble
au creux des bitumes
et les yeux pleurent
aveuglés par l’éblouie
— quels ces miroirs de peu
précaires et tremblés
bleus brillants
sur toute la boue du monde
— les flaques
en tombées de ciels


en allées _ 89

derrière le fer forgé
les mots et la main existent
on soigne le songe des roses
sous l’ombre d’un olivier
et ce plus loin avant
des bourgeons — perles vertes
qui se prennent partout
au bout des branchages
l’odeur de la pleine terre
qui renaît de soi
envoûte le souffle de qui
passe le gué
et demeure sans un mot
là où murmure le temps


en allées_88

ce feu soudain tout proche
que délivre l’aube ici
sans jamais poser question
pas à pas elle avance
çà et là des ombres courbes
allongent la nuit
delà la lisière haute
mais déjà le fleuve éclaire
la rive déserte
et le chemin de halage
où la couleur reprend
vivre aux pierres sèches
et à la forme des arbres
un chant parmi le vent


en allées _ 87

le vent espace le vide
d’encore un empan
on vient à croire que rien
ne traverse ici le jour
delà toute parole
demeure l’absence
on sait là-bas la cendre
et qui la disperse au vent
un pan de l’horizon
vient soudain brûler le loin
— abrupt de haute lumière
à même le reflet
cela qui fait silence
redîme ce qui erre


en allées_86

le jour sans une image
pas même une illusion
les yeux soudain au vide
et plus loin à la nuée folle
le passage des heures
noires dessus le gué des cimes
nulle lampe ne traverse
l’eau de l’obsidienne
qu’entendre de ce qui là
vient prendre forme et parole
en absence de tout sens
rien sinon la nuit sans étoiles
et le vent étranger
sur les terres nues noires — la nuit


en allées _85

le vent soulève les branches
nues encore où point un peu
de couleur en bourgeons
et de grandes flaques brillent
l’averse revient passer
sans cesse au charbon les noirs
qui sont pris aux écorces
sur le point de tomber
ce n’est presque rien
rien autre que le jour
sur la trame commune
on peut reconnaître
à leur musique blanche et bleue
les ciels ouverts pour l’ailleurs


c’est la lumière des soirs
un remous bref vient trembler
à même le fil des eaux
on entend ici quelqu’un
l’étranger perdu là-bas
dans le jeu léger des ombres
est-ce bien lui qui se penche
sur les cordes de son oud
et le son de sa voix
s’élève depuis la rive
pas à pas chaque pierre
résonne et renvoie
son plus haut appel — le loin
la nostalgie des encres


en allées_84

quelques reflets passent
ici depuis le fleuve
le cours du temps s’érode
comme rive de sable
on va des chemins suspendus
sur quel abime
presque sans jamais savoir
les nombres ni l’étendue
l’éblouie devant soi
seule
comme un monde se défait
et laisse ça et là
quelques bouts de verre brisés
que le soleil fait briller


en allées_83

déjà
les herbes folles hautes
autour d’un chevalet
de bois et de fer
la rouille ronge rouge
le métal
le vieux bois blanchi
durcit la lumière
on barre la voie
aux trains perdus fous
parmi leur seule vitesse
mais devant soi
demeure le songe
pris à la nuit des temps


en allées_82

quels les hauts cris
cachés parmi la friche
et les branches brisées
par la crue d’avant
on va parmi le profus
sans entendre rien du chant
juste au-dessus des eaux
plane le reflet des saules plane
et les arches du pont
ô les absentes de fer
ne retiennent rien
ni des flots ni du jour
qu’étreint toute étrange
la brume