Attentes / [Vases Communicants d’Avril, une variante]

Attentes

Des jours et des jours
qui avaient défilés gris
sans laisser de traces
le long des voies quotidiennes
on arpentait deux directions
l’une au matin
l’autre au soir
dans la ténèbre du sens
absent à tout cela
en-allé où
c’était temps qui s’écoulait
de l’un et l’autre côté du wagon
on avait beau le savoir
on ne le pouvait saisir
sauf le subterfuge
des lignes cahotées
au carnet
comme les voyageurs
un vrac de ce tout venant
dans les matins glacés
les aubes de neige
les nuits tôt venues
la phosphorescence du sombre.

La plaine semblait immense
autant que les peines
on lisait entre les lignes
on lisait entre les rides
plus profondes aux visages
plus nettes aux paysages
d’autant plus qu’enfermé de brume
l’immense
par-delà la terre
transperçait tout bien malgré soi
l’époque bégayait béante
d’où ce train
d’où ces baraques
d’où ces silos
d’où ces tombes chaque matin
que les soirs livraient
dans un ordre inverse
mais égale la question?

Aux gestes de grands arbres nus
extatiques dans la géométrie
ne répondaient que la mauvaise prose
celle des journaux
sans rythme
les gratuits du matin
les affiches en gare
qu’un scrupule mauvais
renouvelait
ou bien la fatigue
au soir
dans les annonces
les retards les hauts-parleurs
les téléphones
passagers
ces formes tassées
yeux clos
ou vains ou vides
visages accablés
sans même un murmure
de conversation

On regardait cela
en témoin
l’impossible fatras
que fait le quotidien
on regardait cela et on savait
qu’aucun virage ne se prendrait
jamais là
au vif de la vie
sauf accident
sauf aiguillages gelés
sauf câbles arrachés
pour arracher confuses paroles
on affrontait cela
un néant monotone
vivre fatigue
on dormait sa vie
aux bords d’un gouffre mouvant
comme un songe
apocalypse tranquille
mais sans nulle fin
chemin du sud au matin
chemin du nord au soir
pour toujours
la vie dans la vitesse autour
fausse
une mauvaise toupie
sans direction.

Quand revint la douceur
on reconnut la silhouette
étrange et familière
en son retour
passé l’hiver
un très vieil homme prenait l’air
sur le même banc qu’avant
il avait ce très exact repère
dans un monde sans lui

il tournait dos à la gare
qui opaque barrait l’orient
silhouettes y passaient encore
qui attendaient aussi
mais lui
ses yeux vers l’horizon d’ouest
se perdaient dans la nuit qui montait.


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